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Blogue11 septembre 2026

Mise à jour hebdomadaire 2 : trois agendas, une élection

Observatoire de l'écosystème médiatique

Chaque mise à jour hebdomadaire publiée lors de l'élection québécoise présentera les principales tendances et dynamiques observées dans l'écosystème de l'information, mettra en lumière les incidents d'information identifiés et fera un survol de différents éléments ne s'élevant pas au niveau d'un incident, mais étant Sur notre radar.

Tous les faits et données sont tirés d'un sondage original et d'une collecte d'information sur les médias sociaux menée par l'Observatoire de l'écosystème médiatique. La période à l'étude s'étend jusqu'au 9 septembre pour l'équipe de veille sur les médias sociaux, du 28 août au 8 septembre pour le sondage et du 28 août au 5 septembre pour les principales analyses quantitatives des données de médias sociaux. Cette semaine, aucun incident majeur n'a été identifié.

Aperçu

Une campagne électorale n'est pas seulement une compétition entre partis : c'est aussi une compétition entre enjeux. Chaque parti a intérêt à ce que le vote se joue sur le terrain où il est le plus crédible, alors que les médias continuent à avoir une certaine influence sur les sujets qui dominent l'actualité. Dans ce rapport hebdomadaire, nous apportons un éclairage sur les enjeux mis de l'avant par chacun des partis, ceux jugés les plus importants aux yeux de l'électorat et ceux qui mobilisent les discussions en ligne. Dans la section Sur notre radar, nous analysons certains éléments ayant retenu notre attention dans l'environnement d'information, incluant les allégations d'ingérence de la part du gouvernement fédéral et de La France insoumise dans la campagne, ainsi que les discours sur le vote des anglophones et des personnes âgées.

Les enjeux de l'élection : Perspective des candidats, des médias et des citoyens

Du côté des candidats, la première semaine complète de campagne marque un déplacement de l'attention vers les enjeux québécois. La guerre commerciale, qui avait dominé la semaine du déclenchement avec 16,6 % des mentions « J'aime », n'apparaît plus parmi les cinq enjeux ayant suscité le plus de réactions. En effet, comme le montre la Figure 1, la deuxième semaine de campagne est dominée par les enjeux économiques : les taxes et impôts arrivent en tête (13,0 %), suivis des finances publiques (11,0 %), de l'éducation (9,9 %), du coût de la vie (9,4 %) et de l'économie et de l'emploi (9,3 %).

Dix graphiques en aires suivant chacun des cinq principaux enjeux des candidats (taxes et impôts, finances publiques, éducation, coût de la vie et économie) du 1er août au 5 septembre 2026, séparés entre la part quotidienne des mentions « J'aime » et la part quotidienne des publications, avec la semaine du 30 août au 5 septembre mise en évidence et le pourcentage de chaque enjeu indiqué pour cette semaine : 13,0 %/5,4 % taxes et impôts, 11,0 %/6,7 % finances publiques, 9,9 %/7,6 % éducation, 9,4 %/5,2 % coût de la vie, 9,3 %/7,6 % emploi et économie.
Figure 1. Pourcentage de publications et de mentions « J'aime » obtenus par différents enjeux dans l'écosystème d'information québécois. Les cinq enjeux ayant obtenu le plus d'attention parmi une liste de 18 sont montrés.

Ce déplacement ne reflète pas seulement ce dont les candidats parlent, mais le contenu qui génère le plus d'interactions. Les taxes et impôts représentent 5,4 % des publications, mais 13,0 % des mentions « J'aime » ; les finances publiques, 6,7 % des publications pour 11,0 % des réactions. L'attention se recentre donc sur plusieurs enjeux domestiques, sans qu'un seul ne se détache comme la guerre commerciale la semaine précédente.

Une prise de parole généralisée, mais une attention inégale

Après plus d'une semaine de campagne, la grande majorité des candidats de chaque parti sont actifs sur les réseaux sociaux. La Figure 2 montre qu'au sein de chaque parti, entre 84 % et 99 % des candidats suivis ont publié au moins une fois lors de la première semaine, notamment pour annoncer le début officiel de la campagne électorale, et entre 77 % et 98 % la deuxième semaine. La baisse vient surtout du PCQ et de QS, dont la part de candidats actifs descend à 77 % et 91 % ; la CAQ progresse légèrement (90 % → 92 %), le PQ et le PLQ restent stables (98 % et 87 %).

Trois graphiques à barres comparant les cinq partis quant à la proportion de candidats ayant publié au moins une fois, au nombre moyen de publications par candidat actif et à la part des mentions « J'aime » reçues, du 30 août au 5 septembre 2026, pour un panel fixe de 346 candidats : le PCQ arrive en tête pour les publications par candidat et, largement, pour les mentions « J'aime », malgré un taux de participation intermédiaire.
Figure 2. Participation, fréquence de publication et part des « J'aime », par parti. Publications des candidats, tous sujets confondus, du 30 août au 5 septembre 2026, pour le panel fixe de 346 candidats suivis en date du 2 septembre.

Le rythme de publication, lui, a augmenté par rapport à la semaine précédente pour tous les partis, et surtout pour le PCQ et QS : les candidats actifs du PCQ passent de 11,5 à 14,7 publications par semaine, ceux de QS de 15,8 à 19,9. Les candidats actifs des autres partis publient entre 15 et 17 fois par semaine (CAQ 16,5, PQ 15,8), sauf le PLQ qui tourne autour de 13 publications par candidat actif (12,8).

Cependant, cette relative égalité de fréquence de publications entre les différents partis ne se traduit pas par une relative égalité dans l'attention reçue. Depuis le début de la campagne, le PCQ surperforme en captant 41 % des mentions « J'aime » au cours de la deuxième semaine, contre seulement 20 % pour la CAQ, le deuxième parti recevant le plus d'engagement sur les plateformes. Il est important de préciser que cela ne reflète pas forcément une plus grande popularité au sein de l'électorat québécois, mais plutôt une mesure du niveau d'activité des adhérents du PCQ sur les réseaux sociaux. Seuls le PCQ et QS améliorent leur position par rapport à la première semaine, leur part de l'engagement atteignant respectivement 41 % et à 12 %, alors que cette part recule pour tous les autres partis.

Les partis parlent-ils de ce qui préoccupe leurs propres électeurs ?

La Figure 3 montrent d'importantes variations en ce qui concerne les enjeux préoccupant les Québécois en fonction de leur identification partisane. Deux enjeux ressortent du lot en ce qui concerne l'attention quotidienne accordée par les électeurs de tous les partis : l'économie et les tarifs. Alors que la campagne est marquée par les tarifs imposés par les États-Unis, une part importante des sympathisants de chaque parti politique rapporte être préoccupée par cet enjeu, avec 51 % des péquistes et des libéraux, 42 % des partisans de Québec solidaire et 40 % des conservateurs qui pensent tous les jours aux tarifs. En revanche, il s'agit d'un enjeu qui semble particulièrement préoccuper les partisans de la CAQ, alors que 67 % d'entre eux affirment y penser tous les jours.

Deux tableaux thermiques côte à côte, un par parti (CAQ, PLQ, PQ, PCQ, QS), classant onze enjeux selon la proportion de sympathisants y pensant tous les jours et la proportion des publications des candidats du parti portant sur chacun — par exemple, la CAQ arrive en tête sur Donald Trump et les tarifs chez les électeurs (67 %), tandis que les candidats du PCQ consacrent de loin la plus grande part de leurs publications à l'économie (74 %).
Figure 3. Préoccupations déclarées des sympathisants de chaque parti et présence des mêmes enjeux dans les publications des candidats de leur parti. À gauche, proportion des sympathisants ayant pensé à chaque enjeu « tous les jours » au cours de la dernière semaine ; à droite, proportion des publications des candidats portant sur chaque enjeu, du 28 août au 5 septembre 2026.

L'économie est un autre enjeu saillant au sein des sympathisants de toutes les formations politiques, avec 56 % des péquistes, 55 % des caquistes, 53 % des libéraux et 44 % des partisans de Québec solidaire rapportant y penser tous les jours. Ceci dit, les sympathisants conservateurs se démarquent par une plus grande attention portée à l'économie, alors que 70 % affirment y penser quotidiennement. De plus, contrairement aux autres partis, un plus grand nombre de partisans conservateurs rapportent également penser tous les jours aux enjeux de l'immigration (45 %), de la criminalité et de la sécurité personnelle (39 %) et de l'éthique et l'intégrité des dirigeants politiques (31 %). Les partisans de Québec solidaire se démarquent également des autres électeurs en raison d'une plus forte attention quotidienne portée à l'environnement (51 %), au logement (38 %) et à l'utilisation de l'IA dans la vie quotidienne. Enfin, sans surprise, les électeurs péquistes pensent quotidiennement à l'indépendance du Québec (33 %) en bien plus grande proportion que les sympathisants des autres partis. Chez les électeurs, on n'observe pas de différences partisanes notables en ce qui a trait à des enjeux tels que l'éducation ou la santé.

L'analyse des publications des candidats par parti révèle par ailleurs des priorités distinctes. QS et le PLQ se démarquent par la place accordée au logement (32 % et 30 % de leurs publications respectivement), tandis que le PCQ met davantage l'accent sur l'économie (74 %, notamment les taxes et impôts et les finances publiques). La CAQ se distingue par l'accent qu'elle met sur la santé (23 %), et le PQ par l'indépendance (17 %). De manière générale, les enjeux qui sont abordés de manière disproportionnée par un parti par rapport aux autres sont les mêmes enjeux qui sont priorisés par les partisans du parti. On voit toutefois certaines exceptions, dont l'environnement, qui est une grande priorité des partisans de QS, mais qui ne semble pas avoir été parmi les principaux enjeux abordés par les candidats du parti depuis le début de la campagne.

Trois agendas qui ne se recouvrent que partiellement

Graphique en haltères classant quinze enjeux selon leur part dans la discussion en ligne, avec un point relié indiquant leur part dans les publications des candidats : l'économie domine les deux agendas, tandis que l'indépendance du Québec et Donald Trump/les tarifs occupent un rang bien plus élevé dans la discussion en ligne que chez les candidats, et que la santé, l'éducation et le logement sont plus présents chez les candidats qu'en ligne.
Figure 4. Classement des enjeux dans la discussion en ligne et les publications des candidats, du 28 août au 5 septembre 2026.

Les priorités des électeurs, de la discussion en ligne et des candidats ne se superposent que partiellement. L'économie occupe une place importante dans les trois agendas, mais les écarts deviennent rapidement visibles sur les autres enjeux. Comme le montre la Figure 4, les soins de santé figurent parmi les premières priorités des électeurs, alors qu'ils occupent une place plus modeste dans la discussion en ligne et chez les candidats. À l'inverse, l'indépendance politique du Québec est beaucoup plus présente dans la discussion en ligne que dans le sondage ou les publications des candidats.

D'autres écarts distinguent surtout les candidats de la discussion en ligne. Le logement et l'éducation occupent davantage les publications des candidats, tandis que Donald Trump et les tarifs prennent une place plus importante dans la discussion en ligne et parmi les préoccupations des électeurs. Les partis ne s'alignent pas de la même manière sur ces différents agendas. Parmi les cinq partis, le PQ présente l'ordre des priorités le plus proche de celui de la discussion en ligne (ρ = +0,67), devant le PLQ (+0,54), le PCQ (+0,45), QS (+0,44) et la CAQ (+0,22). Cette proximité du PQ est en grande partie liée à la place accordée à l'indépendance : lorsque cet enjeu est retiré, le PLQ devient légèrement plus proche de la discussion en ligne (+0,61 contre +0,60 pour le PQ).

La comparaison avec les préoccupations des électeurs donne un portrait différent. Le PCQ (+0,72) et le PLQ (+0,66) présentent les agendas les plus proches de celui mesuré par le sondage, devant la CAQ (+0,57) et QS (+0,52), tandis que le PQ s'en distingue nettement (+0,16). Le PQ apparaît ainsi beaucoup plus proche de la discussion en ligne que des préoccupations déclarées des électeurs, alors que le PCQ présente le profil inverse. Il est important de souligner que cette analyse se concentre sur le choix des partis d'aborder certains enjeux et non ce que les partis proposent par rapport à ces enjeux. Une plus grande proximité dans les enjeux priorisés ne signifie pas nécessairement que les électeurs ou le public en ligne sont en accord avec les propositions du parti.

Dans l'ensemble, ces résultats montrent que ce qui préoccupe les électeurs, ce qui anime la discussion en ligne et ce dont parlent les candidats constituent trois agendas liés, mais distincts.

Sur notre radar

Allégations d'ingérence

Le ministre sortant de la Sécurité publique a indiqué cette semaine que son ministère avait augmenté sa surveillance de l'ingérence étrangère en vue de l'élection, mais qu'il n'avait jusqu'à présent pas eu de signal quant à une possible ingérence étrangère dans le processus électoral lui-même. Cela dit, les perceptions d'ingérence, vues de manière plus large, ont occupé une place non négligeable dans le discours depuis le début de la campagne. Notre analyse de la semaine dernière mentionnait les perceptions d'ingérence américaine dans l'élection, notamment en lien avec les commentaires du secrétaire au commerce des États-Unis, Howard Lutnick, qui a répété sur plusieurs plateformes que l'échec des négociations commerciales était une manoeuvre politique du gouvernement canadien pour empêcher le Parti québécois de former le prochain gouvernement. Cette semaine, nous décrivons deux autres cas ayant fait l'objet d'allégations, soit les perceptions d'ingérence du gouvernement fédéral dans la campagne, soulevées principalement par le Parti québécois, ainsi que le cas d'un sympathisant de La France insoumise qui aurait participé à des activités de campagne de Québec solidaire.

Allégations d'ingérence fédérale. Lors d'une conférence de presse le 4 septembre, le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon a indiqué qu'il y avait une possibilité qu'on soit « devant la plus grande ingérence du fédéral dans nos affaires et notre élection depuis 1995 », citant notamment les annonces récentes d'investissements du gouvernement fédéral, la collaboration entre les gouvernements fédéral et provincial sur la guerre tarifaire et les mandats rémunérés octroyés par la CAQ à Mission Leadership Québec, un organisme faisant la promotion du fédéralisme et de l'unité canadienne au Québec (Paul St-Pierre Plamondon a d'ailleurs demandé au Directeur général des élections d'enquêter sur ce dernier point). Christine Fréchette a rejeté l'idée d'ingérence, tandis que Charles Milliard a qualifié la théorie selon laquelle Mark Carney appuie Christine Fréchette de « spin politique ». Dans l'écosystème d'information en ligne, cette collaboration perçue entre Christine Fréchette et Mark Carney a surtout été portée par les influenceurs et commentateurs, plusieurs situés à la droite du spectre ou dans la mouvance indépendantiste, ainsi que par certains médias. Chez les acteurs politiques, la reprise est venue presque uniquement du Parti québécois. Une commentatrice politique a notamment spéculé sur l'existence d'un lien entre le fait que le ministre François-Philippe Champagne ait été aperçu dans la région de Québec et le Conseil des ministres organisé le 7 septembre par la CAQ.

Allégations d'ingérence française. Un article de La Presse Canadienne du 6 septembre dernier a retenu l'attention au cours de la semaine, particulièrement depuis sa reprise dans le magazine L'Actualité. Le journaliste y rapporte les activités d'une personne qui s'associe à l'organisation politique française La France insoumise en appui à Québec solidaire, notamment la participation à des activités de porte à porte. Depuis quelques années, les allégations d'ingérence étrangère tendent à soulever les passions dans le débat public, particulièrement en contexte électoral. Il est donc préférable de faire preuve de prudence dans la façon d'aborder ces questions, en tenant compte des circonstances précises, notamment la nature des activités menées au Canada par l'entité étrangère, les dépenses engagées, le statut au Canada des personnes concernées, ou encore le caractère ouvert ou occulte de ces activités.

Discours sur le processus électoral. La semaine dernière, nous avions mentionné les discours en ligne portant sur la langue dans laquelle les documents d'information relatifs à l'élection allaient être partagés avec les électeurs, Élections Québec ayant annoncé qu'elle ne pourrait envoyer l'information qu'en français en raison de la Loi 96. Le débat a continué cette semaine, alimenté entre autres par le fait qu'une poursuite a été déposée en Cour supérieure du Québec pour contester cette décision. Pour mieux comprendre les perceptions qu'ont les Québécois de cet enjeu, nous avons analysé 571 publications discutant de la langue des documents fournis par Élections Québec sur l'ensemble des grandes plateformes (les publications viennent à la fois de la liste de comptes que nous suivons et de notre collection par mots-clés liés à l'élection québécoise). Comme le montre la Figure 5, l'enjeu a provoqué des réactions particulièrement fortes dans les milieux anglophones, autant chez les citoyens que dans les médias. Une majorité des publications critiquaient la décision, présentant l'accès au vote comme un droit démocratique auquel on ne doit pas porter atteinte, soulevant des questions sur la difficulté que pourraient avoir certaines populations, notamment les personnes âgées ou celles ne disposant pas d'un accès à Internet, à utiliser un code QR et évoquant de possibles recours judiciaires (la part de publications mentionnant ce sujet est susceptible d'avoir augmenté depuis, nos données se terminant tout juste avant le dépôt de la poursuite judiciaire). La plupart des publications attribuant un blâme pour cette décision ciblaient la Coalition avenir Québec et la Loi 96, plutôt qu'Élections Québec. Certaines publications se questionnaient aussi sur l'indépendance d'Élections Québec dans la mesure où l'organisation se voit dans l'obligation de demander une dérogation au gouvernement pour être en mesure de remplir son mandat, plutôt que de pouvoir agir de manière autonome. La responsabilité et l'accès au vote sont les thèmes qui ont reçu le plus de mentions « J'aime ». Au-delà des publications elles-mêmes, les réactions que nous avons observées sur X et YouTube à ces publications (par exemple, les commentaires sur YouTube, que nous avons analysés, mais qui ne sont pas montrés dans la figure) étaient plus divisées, une part comparativement plus importante de celles-ci ne jugeant pas la situation problématique et soulignant que le français est la langue officielle du Québec.

Graphique en trois panneaux sur les 571 publications concernant l'envoi par Élections Québec de documents d'information en français seulement : qui en parle (surtout des comptes hors liste suivie et des médias d'information, répartis par langue), ce qui se dit (droits démocratiques et qui est responsable en tête, suivis de l'accès concret par code QR, du statut du français et des recours judiciaires), et quels arguments reçoivent le plus de mentions « J'aime » (l'accès concret et la responsabilité mènent l'engagement).
Figure 5. Discussions sur les réseaux sociaux au sujet des documents d'information électorale envoyés uniquement en français

Au-delà de la langue des documents d'information envoyés aux électeurs, l'hostilité envers les personnes âgés en raison de leur appui plus grand à la Coalition avenir Québec continue de retenir notre attention. Plusieurs utilisateurs que l'on pourrait qualifier d'influenceurs politiques ont notamment publié exactement le même message sur Facebook et Instagram indiquant qu'il devrait y avoir un âge maximum pour pouvoir voter. Ces publications provenant de quatre comptes et utilisant exactement le même texte ont généré plus de 1000 réactions et 1000 commentaires. L'une de ces publications sur X a généré près de 23 000 vues. Ces publications constituent l'exemple le plus marquant des discours sur le sujet, que nous avions d'ailleurs aussi observé dans le contexte post-pandémique de l'élection de 2022.

Méthodologie

Sondage

L'analyse s'appuie sur un sondage préélectoral bilingue (français et anglais) mené du 28 août au 8 septembre 2026 par l'Observatoire de l'écosystème médiatique auprès de la population québécoise. Le sondage a été administré sur la plateforme Qualtrics auprès du panel en ligne de Léger (LEO), selon un échantillonnage par quotas (région, groupe d'âge, genre et langue) basé sur les données de référence de Statistique Canada. Les répondant·es ont été rémunéré·es dans le cadre du programme standard de récompenses du panel de Léger. Les quotas régionaux reposent sur trois strates — la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, la RMR de Québec et le reste du Québec — construites à partir de la région administrative et de la municipalité de résidence déclarées.

Le questionnaire était réservé aux citoyennes et citoyens canadiens de 18 ans et plus résidant au Québec. L'échantillon final, suivant le retrait des réponses incomplètes et des personnes ayant échoué le test d'attention, compte 804 répondant·es, dont 682 ont répondu en français et 122 en anglais. Toutes les analyses utilisent des pondérations obtenues par ratissage (raking). Le calage porte sur cinq marges : la région (RMR de Montréal, RMR de Québec, reste du Québec), le groupe d'âge (18‑24, 25‑34, 35‑44, 45‑54, 55‑64, 65 ans et plus), le genre, la scolarité (secondaire ou moins ; études postsecondaires sous le baccalauréat ; baccalauréat ou plus) et la langue maternelle (francophone ; anglophone ou allophone), selon les estimations de population de Statistique Canada. La méthode inclut une règle visant à tronquer les pondérations qui se situent à l'extérieur de l'intervalle [0,25; 4] ; cette règle n'a pas été activée, chacun des poids se situant déjà à l'intérieur de l'intervalle (les poids vont en pratique de 0,29 à 2,44). Comme l'échantillon est non probabiliste, les marges d'erreur présentées sont approximatives et supposent un plan d'échantillonnage aléatoire simple : sur la taille effective de l'échantillon, la marge d'erreur est de ±3,8 points de pourcentage, 19 fois sur 20 (calcul conservateur, p = 0,5).

Médias sociaux

Le corpus. L'Observatoire suit en continu 870 comptes québécois sur six plateformes (X, Facebook, Bluesky, YouTube, Instagram et TikTok) : 471 candidats des cinq partis, 106 médias et 293 influenceurs, dont 134 commentateurs et 104 journalistes. Entre le 1er août et le 5 septembre 2026, ces comptes ont produit 100 142 publications. Il s'agit d'un corpus de comptes, non d'une recherche par mot-clé : nous observons ce que publient les acteurs identifiés comme influents dans l'espace public, pas tout ce qui se dit au Québec. Les commentaires du public n'en font pas partie.

Pour constituer la liste des candidats, nous avons recueilli les données à partir des sites Web officiels des partis politiques qui comptent au moins un député à l'Assemblée nationale du Québec (Coalition avenir Québec, Parti libéral du Québec, Québec solidaire, Parti québécois et Parti conservateur du Québec), en date du 1er septembre 2026. Nous continuons à mettre cette liste à jour en vue des prochains rapports hebdomadaires. Nous avons extrait les informations suivantes de la section consacrée aux candidats sur le site Web de chaque parti : le nom du candidat, la circonscription électorale et les identifiants de ses comptes sur les réseaux sociaux. Les comptes ont été recueillis sur six plateformes : Facebook, Instagram, X/Twitter, Bluesky, TikTok et YouTube. Lorsque le site Web d'un parti ne comportait pas de section consacrée aux candidats, nous avons examiné manuellement la section des annonces et recueilli le nom du candidat et sa circonscription électorale à partir de chaque publication annonçant une investiture. Étant donné que la liste des identifiants de réseaux sociaux figurant sur les sites Web des partis peut être incomplète, nous l'avons enrichie en vérifiant manuellement les identifiants indiqués sur les sites des partis afin de déterminer s'ils mentionnaient ou renvoyaient vers d'autres comptes de réseaux sociaux (p. ex., via Linktree). Lorsqu'aucun identifiant n'était indiqué sur le site Web du parti pour un candidat, nous avons effectué une recherche en ligne afin de trouver d'éventuels comptes à ajouter. Chaque compte a été vérifié afin de déterminer s'il répondait aux critères suivants : le compte appartient officiellement au candidat et il s'agit d'un compte public utilisé dans le cadre de ses activités politiques. Nous n'avons inclus aucun identifiant qui n'était pas indiqué sur le site Web du parti, mentionné par un autre compte vérifié appartenant au candidat, ou mentionné ou suivi par le compte vérifié d'un autre candidat. Nous n'avons pas non plus inclus les comptes principalement consacrés à la publication de contenu personnel.

Le corpus public. En plus du corpus de comptes suivis, qui répond à la question « qu'ont publié les acteurs que nous suivons », nous avons un second corpus dit « public » qui ne repose pas sur une liste de comptes mais sur une liste de mots-clés. Une publication y entre parce qu'elle contient l'un de ces mots-clés, quel que soit son auteur : membre du public, militant, média, journaliste ou candidat. Le type de compte n'est pas connu et n'est pas inféré.

La collecte porte sur cinq plateformes : X, Instagram, Bluesky, TikTok et YouTube. La liste de mots-clés couvre quatre familles de termes : les partis et leurs sigles (p. ex., CAQ, PQ, PLQ, PCQ, QS, « Parti Québécois », etc.) et leurs comptes officiels ; les chefs, par leur nom, leurs graphies avec et sans accent, leurs surnoms usuels (PSPP) et leurs comptes ; le vocabulaire électoral générique, en français et en anglais, combiné au mot Québec (p. ex., « Québec élection », « Quebec vote », « Quebec circonscription », « QC voters », « #polqc », etc.) ; le vocabulaire de l'intégrité informationnelle combiné au mot Québec (p. ex., « Québec désinformation », « Québec ingérence », « Québec complotiste », « QC disinformation »).

La fenêtre retenue va du 25 août, jour du déclenchement de la campagne, au 5 septembre 2026 inclus. Dans cette fenêtre, la collecte a ramené 163 368 publications distinctes, publiées par 62 043 comptes différents : 104 847 sur X, 42 536 sur Instagram, 7 042 sur Bluesky, 5 162 sur TikTok et 3 781 sur YouTube.

Le codage. Chaque publication est soumise à un modèle de langage (Qwen3.8-27b) qui établit sans raisonnement les enjeux abordés, parmi dix-huit catégories non exclusives : coût de la vie, taxes et impôts, économie et emploi, finances publiques, guerre commerciale et tarifs, santé, éducation, logement, transport, environnement, immigration, langue française, laïcité, indépendance, criminalité, éthique et intégrité, intelligence artificielle, enjeux sociaux. Une publication peut en porter plusieurs ou aucune. Les deux tiers des publications d'août (68 %) ne portent sur aucun de ces enjeux : activités de terrain, remerciements, liens sans commentaire, réponses dans un fil. Celles qui en portent en abordent 1,3 en moyenne.

En ce qui concerne l'analyse de l'incapacité d'Élections Québec d'envoyer des documents en anglais en raison de la Loi 96, nous avons utilisé une liste détaillée de mots-clés pour identifier les publications sur le sujet (571 publications), puis avons codé l'ensemble des publications à l'aide de Claude Opus 5 en fonction du thème de la publication (pour filtrer les publications qui ne porteraient pas sur le même sujet), de la mention ou non de chacun des thèmes identifiés, ainsi que de l'entité qui reçoit le blâme, le cas échéant.

L'engagement. Notre analyse de l'engagement repose sur les mentions « J'aime », seule mesure disponible sur l'ensemble des plateformes. L'utilisation des mentions J'aime n'est pas nécessairement comparable d'une plateforme à l'autre, mais constitue la meilleure mesure disponible de l'engagement du public avec le contenu.

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