Mise à jour hebdomadaire 4 : une élection sans médias sur Facebook
Observatoire de l'écosystème médiatique
Chaque mise à jour hebdomadaire publiée lors de l'élection québécoise présente les principales tendances et dynamiques observées dans l'écosystème de l'information, met en lumière les incidents d'information identifiés et fait un survol de différents éléments ne s'élevant pas au niveau d'un incident, mais étant sur notre radar. Tous les faits et données sont tirés d'un sondage original, d'une veille humaine de l'environnement d'information en ligne et d'une collecte d'information sur les médias sociaux menée par l'Observatoire de l'écosystème médiatique.
Aperçu
Dans un contexte où Facebook est le média social le plus utilisé par les Québécois pour obtenir de l'information sur la politique et l'actualité et où les organisations médiatiques ne sont plus en mesure de publier sur la plateforme, la principale section de ce rapport hebdomadaire présente un survol de l'environnement d'information sur la plateforme. Après un examen des enjeux discutés par les candidats sur l'ensemble des plateformes, que nous incluons chaque semaine, nous nous intéressons particulièrement à la manière dont l'information circule en général et dans les groupes politiques en particulier sur Facebook, ainsi qu'aux publicités portant sur des enjeux sociaux et politiques achetées avant et depuis le début de la campagne. Dans la section Sur notre radar, nous présentons les développements ayant suivi la publication de notre audit sur les réponses offertes par les outils d'IA aux requêtes liées à l'élection, puis discutons de trois éléments ayant attiré notre attention cette semaine, soit la polarisation des débats sur l'immigration, certains enjeux reliés à l'intégrité du processus électoral, ainsi que la publication d'un communiqué par Amnistie internationale Canada francophone accusant le Parti québécois d'avoir recours à des schémas d'intimidation et de harcèlement.
Les enjeux de l'élection : Perspective des candidats
Comme chaque semaine lors de la campagne, nous avons classifié les publications des candidats de chacun des cinq principaux partis sur Facebook, Instagram, X, YouTube, TikTok et Bluesky en fonction du fait qu'elles mentionnent ou non différents enjeux politiques parmi une liste de 18 (voir section Méthodologie). Nous observons que les discussions sur les finances publiques, le système de santé et le logement sont restées dans le top 5 des enjeux recevant le plus d'engagement dans les publications des candidats. Les publications contenant ces enjeux ont reçu respectivement 14,8, 12,8 et 9,9 % des mentions « J'aime » des publications des candidats toute plateforme confondues. Les discussions sur les taxes et impôts, absent la semaine dernière, sont de retour, ayant reçu 9,9 % des mentions « J'aime ».

Pour la première fois, nous voyons que l'immigration figure parmi les enjeux majeurs de cette quatrième semaine de campagne, collectant 12,5 % des mentions « J'aime » pour seulement 2,2 % des publications. Cela indique un fort intérêt de la part des Québécois sur l'enjeu de l'immigration et, surtout, des discussions qui l'entourent de la part des candidats sur les plateformes. Comparativement aux autres enjeux, les publications sur l'immigration reçoivent des niveaux d'engagement proportionnellement beaucoup plus élevés que leur volume de publication avec un ratio de 5,7, contre 1,98 pour la laïcité (deuxième ratio le plus élevé parmi les 18 enjeux).
L'élection sur Facebook
Publicités politiques : Dépenses et ciblage
La publicité sur Facebook et Instagram offre un autre angle d'observation de l'environnement informationnel sur la plateforme pendant la campagne provinciale. Depuis le 1er juillet, nous avons recensé 2 615 publicités dans la Bibliothèque des publicités de Meta, soit l'ensemble des publicités classées par Meta dans la catégorie des publicités à caractère politique, électoral ou social et diffusées majoritairement au Québec. Le volume de publicité a augmenté au cours de la dernière semaine par rapport au début de la campagne.
La Figure 2 présente les 20 principaux annonceurs diffusant au Québec, selon les dépenses déclarées par Meta. Sans surprise, Élections Québec est le plus important annonceur non affilié à un parti politique. Le PCQ est le parti ayant dépensé le plus en publicités sur Facebook et Instagram au cours des 30 derniers jours, tandis que Québec solidaire est le parti ayant dépensé le plus au cours de la dernière semaine. Le Parti québécois, mais surtout le Parti libéral et la Coalition avenir Québec ont comparativement dépensé des sommes moins importantes. Du côté des partis, on voit deux grandes stratégies se dessiner : certains misent sur un grand nombre de publicités, tandis que d'autres concentrent des budgets comparables sur quelques annonces seulement.

Pour mieux comprendre leur stratégie, nous avons évalué les critères utilisés par chacun des partis politiques pour cibler leurs publicités au cours des 30 derniers jours, soit du 23 août au 21 septembre (la bibliothèque publicitaire de Meta rend seulement les données disponibles pour les 7, 30 et 90 derniers jours). L'analyse se concentre sur l'achat de publicité par les partis et leurs chefs afin d'illustrer les décisions de la campagne nationale. Les données sont synthétisées dans la Figure 3. L'ensemble des partis ont ciblé des circonscriptions spécifiques, quoique à des degrés divers (la CAQ cible souvent l'ensemble du Québec), principalement des circonscriptions jugées clés ou celles où ils ont les chances les plus élevées de l'emporter. Au-delà du ciblage géographique, commun à l'ensemble des partis, les stratégies varient significativement d'un parti à l'autre. Le PQ cible principalement les 25 ans et plus, la CAQ les 35 ans et plus et le PLQ les 35 à 55 ans. QS est le seul parti ciblant prioritairement le groupe d'âge le moins élevé, les 18-44 ans faisant partie du groupe d'âge sélectionné pour 100 % des dépenses publicitaires et les 45-49 ans pour 79 % des dépenses publicitaires. En ce qui concerne le genre, aucune publicité ne ciblait uniquement les hommes, tandis que 87 % des dépenses publicitaires de QS, 14 % des dépenses du PLQ, 3 % des dépenses de la CAQ et 1 % des dépenses du PQ étaient pour des publicités ciblant les femmes. Le PQ et QS sont les seuls partis à avoir fait un ciblage en fonction de la langue, les deux partis ciblant les électeurs francophones. Finalement, on observe un usage inégal des critères de ciblage avancé (caractéristiques démographiques, intérêts et comportements tels que mesurés par Meta), ceux-ci ayant uniquement été utilisés par la CAQ, le PLQ et QS. Spécifiquement, 27 % des dépenses publicitaires de la CAQ ciblaient directement les parents et grands-parents et moins de 1 % ciblaient les entrepreneurs et gens d'affaires. Le Parti libéral a utilisé un éventail de critères, dont ceux ayant démontré un intérêt pour la famille (56 %), ceux ayant démontré un intérêt pour des enjeux spécifiques comme la santé (20 %) et les entrepreneurs et gens d'affaires (13 %). La majorité des dépenses de Québec solidaire (plus de 65 %) ont été faites sur des publicités ciblant ceux ayant un intérêt pour les mouvements sociaux, les enjeux communautaires, l'environnement et la consommation éthique.

Au-delà d'Élections Québec et des partis politiques, l'un des principaux annonceurs a été Radio-Canada, principalement pour des publicités faisant la promotion du débat des chefs et de débats entre les candidats locaux. Les règles entourant les dépenses par les tiers en période électorale sont particulièrement strictes au Québec, de sorte que le niveau de dépenses après le déclenchement de la campagne est bas et la très grande majorité des publicités identifiées comme portant sur un enjeu social, électoral ou politique sur les plateformes de Meta ne porte pas directement sur l'élection. Depuis le début de l'élection, les publicités ciblant le Québec semblent principalement relever de campagnes d'organisations sans but lucratif sur des enjeux internationaux ou bien d'enjeux sectoriels ou pancanadiens, comme l'énergie et la politique pharmaceutique. Les publicités en lien avec le secteur de l'énergie se démarquent, notamment celles de l'Alliance des sables bitumineux (Pathways Alliance), qui avait dépensé au moment de l'extraction plus de 10 500 $ sur deux publicités en français achetées le 8 septembre, ciblant le Québec et faisant la promotion des sables bitumineux canadiens (à titre de comparaison, la même organisation a dépensé entre 37 000 $ et 43 000 $ pour des publicités au texte identique ayant circulé entre le 2 juillet et le 1er septembre). De manière générale, ce portrait diffère sensiblement de celui observé dans des contextes où les tiers peuvent participer beaucoup plus activement à la campagne, notamment dans les élections fédérales.
La diffusion des récits partisans
Facebook constitue un espace particulièrement utile pour observer non seulement les sujets abordés pendant la campagne, mais aussi la manière dont des récits similaires circulent entre les comptes. Les candidats des différents partis font campagne dans un environnement où plusieurs des mêmes enjeux et événements occupent simultanément l'attention. Nous avons donc comparé le contenu publié sur Facebook par les candidats et les influenceurs politiques suivis par l'Observatoire (voir Méthodologie) entre le 27 août et le 16 septembre afin d'examiner quels comptes publient sur des sujets similaires, en utilisant un langage similaire, au cours de la campagne.
La Figure 4 rapproche les comptes selon le contenu de leurs publications sur l'ensemble de cette période. Chaque compte est représenté par le profil moyen de ses publications et relié aux dix comptes dont le contenu est le plus similaire. Les textes identiques ou quasi identiques repris par plusieurs candidats d'un même parti sont exclus afin que le partage de matériel partisan standardisé ne détermine pas à lui seul la structure du réseau.

La carte montre que les espaces de discussion des différents partis se chevauchent largement. Des regroupements partisans demeurent visibles, mais les candidats ne forment pas cinq espaces de contenu distincts : de nombreux liens traversent les frontières partisanes. Autrement dit, les candidats de formations différentes parlent souvent des mêmes sujets et événements, même lorsqu'ils les abordent à partir de positions différentes.
Les influenceurs occupent des positions contrastées dans le réseau. Une majorité d'entre eux (70 %) se regroupent principalement entre eux : leurs publications ressemblent davantage à celles d'autres influenceurs qu'à celles des candidats. À l'inverse, environ un influenceur sur quatre (27 %) se trouve au sein des regroupements de candidats. Les influenceurs ne forment donc pas un espace homogène : si une majorité se concentre dans un espace de contenu plus distinct, une partie non négligeable partage davantage l'espace informationnel des candidats. Cela pourrait être le cas notamment d'influenceurs faisant plus directement la promotion des positions d'un parti spécifique.
Les groupes Facebook comme lieu de discussion politique
Sur Facebook, la circulation d'information ne se fait pas seulement à travers les publications des candidats. Au contraire, il existe de nombreux groupes québécois dont le principal objectif est d'être un lieu de discussion sur la politique provinciale. Pour ce rapport, nous avons établi une liste non exhaustive de 51 groupes publics qui portent sur la politique québécoise, pour lesquels nous avons collecté toutes les publications entre le 15 août et le 22 septembre 2026. Au total, ces groupes comprennent 54 513 publications, ont reçu 1 783 437 interactions (réactions, commentaires et partages) et sont suivis par 430 568 utilisateurs. Il est important de noter que nous ne comptons pas le nombre d'utilisateurs uniques membres de chaque groupe et qu'il est probable qu'un utilisateur soit membre de plusieurs.
Structure
Notre liste de groupes compte des groupes allant de 264 à 42 720 membres, avec une médiane de 4 000 membres par groupe. Sur les 51 groupes, 47 reçoivent au moins une publication par jour, avec une médiane de 12 publications par jour qui varie de 0 à 237 selon le groupe. Le niveau d'engagement fluctue aussi énormément : sur la période du 15 août au 22 septembre, les groupes cumulent de 0 à 365 195 interactions, soit de 0 à 727 interactions par publication, pour une médiane de 457 publications par groupe. Cinq groupes comprennent moins de 50 publications sur la période. Si le but d'une page Facebook est de publier du contenu pour une audience qui la suit, les groupes, eux, ont pour but d'offrir un espace de discussion. Nous observons que les groupes présentent un niveau de discussion très varié.
L'analyse permet de distinguer quatre types de groupes selon deux critères : la part des publications écrites par les cinq auteurs les plus actifs et la part des publications qui reçoivent au moins un commentaire (voir Méthodologie). Les 13 groupes de diffusion reposent sur une poignée d'auteurs, mais génèrent beaucoup de discussions : les cinq auteurs les plus actifs y écrivent 77 % des publications, 55 % des publications sont commentées et chaque publication reçoit en moyenne 20,5 réactions et 7 commentaires. Les 10 groupes de discussion sont beaucoup plus ouverts : les cinq auteurs les plus actifs n'y écrivent que 28 % des publications, qui reçoivent en moyenne 26,2 réactions et 8,2 commentaires. Bien que ces groupes comptent un nombre de membres comparable à celui des groupes de diffusion (141 379 contre 149 754 au total), ils génèrent 221 interactions par jour pour 1 000 membres, contre 38 pour les groupes de diffusion. Les 16 groupes à mi-chemin se situent entre les deux : 63 % des publications y sont écrites par les cinq auteurs les plus actifs et 43 % sont commentées. Enfin, les 12 groupes dits de « spam » sont presque entièrement alimentés par quelques comptes : les cinq auteurs les plus actifs y écrivent 81 % des publications et seulement 9 % des publications sont commentées. De plus, 78 % des publications sont des repartages, dont 35 % sont des repartages par l'auteur de ses propres publications, et chaque publication reçoit en moyenne 0,5 réaction.
Bien que nous n'ayons collecté que deux commentaires mis en évidence par Facebook par publication, une similarité frappante entre tous les groupes est que parmi la liste de commentateurs collectée, entre 87 % et 100 % n'ont jamais publié dans le groupe dans lequel ils commentent sur la période donnée. Les groupes sont donc des espaces où la majorité du contenu est publié par une petite part des membres. L'intensité de cette concentration fluctue, mais demeure généralement peu équitable. La grande différence s'opère donc plutôt sur la capacité d'un groupe à générer de la discussion sous forme de commentaires, souvent accompagné de réactions.
Le contenu
Pour chaque groupe recensé, un membre de notre équipe a fait un codage manuel basé sur le contenu et les descriptions des groupes. Parmi les 51 groupes collectés, 27 ont une orientation souverainiste, 13 sont des groupes d'actualités principalement locales et provinciales, 6 sont des groupes de défense d'intérêts politiques variés (p. ex., annexation du Québec par les Etats-Unis, informations sur des manifestations), 4 sont des groupes de soutien de partis politiques au Québec (2 pour Éric Duhaime et le PCQ, un pour le PQ et un pour QS ; il est à noter que des groupes privés existent aussi en soutien aux partis, bien que nous ne les ayons pas analysés), et un groupe est fédéraliste. Cette distribution reflète les groupes que nous avons trouvés et analysés et ne constitue pas nécessairement un portrait exhaustif de l'ensemble des groupes québécois sur la plateforme. Bien qu'il n'existe pas de tendance forte entre les différentes catégories de groupes et le type d'idées dont ils font la promotion, nous pouvons noter que les groupes de soutien aux partis politiques sont exclusivement des groupes de discussion ou combinant diffusion et discussion.
Impact des élections sur les différents groupes
Les élections ont eu un impact sur quasiment tous les groupes. Sur l'ensemble des catégories de codage de groupes, on observe une augmentation de 20 % à 43 % du volume de publications. Les groupes d'actualités, eux, ont vu une légère baisse. Cependant, seuls les quatre groupes d'appui à un parti ont vu une nette augmentation du nombre d'interactions par publication après le début de la campagne : l'engagement par publication est passé de 59 à 80 réactions, de 14 à 17 commentaires et de 10,9 à 15,3 partages.
Le partage d'information
Sur l'ensemble des groupes, nous observons que le partage de contenu constitue la majorité des publications des groupes. En tout, 59 % des publications sont des repartages de publications d'une autre page, d'un groupe, ou d'un utilisateur. Concernant le format, 16 % des publications sont des reels (vidéos courtes) et 8 % contiennent des photos. Les publications avec photo sont aussi celles qui attirent le plus d'engagement avec une moyenne de 126,4 par publication contre 13,7 pour les publications incluant un reel et 47 % pour celles incluant seulement du texte. Les groupes Facebook sont donc principalement des lieux de repartage de contenu publié ailleurs, qui sert d'appui aux discussions se déroulant principalement dans les commentaires.
Une des grandes particularités de cette campagne électorale est que bien que Facebook soit la plateforme la plus utilisée pour de l'information politique, les médias ne peuvent plus publier et il est impossible de partager des liens vers leurs articles depuis l'entrée en vigueur de la Loi sur les nouvelles en ligne. Cette situation se reflète lorsqu'on analyse les liens partagés dans les publications des groupes : aucun lien ne pointe vers le site d'un média canadien ou québécois établi et les liens les plus partagés sont vers d'autres réseaux sociaux comme YouTube, Instagram ou TikTok. Cependant, cela ne veut pas dire que des articles de presse ne sont pas discutés. Comme la plupart des Canadiens, les Québécois partagent des captures d'écran d'articles de presse. Nous estimons qu'entre 12 % et 27 % des publications originales contenant des photos sont des captures d'écran d'articles de presse. En tout, 3 646 publications contiennent des mentions explicites d'organismes de presse dans leur texte ou dans l'image qu'elles contiennent. Les contenus des médias ne sont donc pas entièrement absents des groupes Facebook. Même s'il est impossible de directement en partager le lien, les membres ont simplement trouvé d'autres moyens de commenter les articles de presse.
Sur notre radar
Audit des agents conversationnels d'IA. La semaine dernière nous présentions les premiers résultats de notre audit des agents conversationnels, y compris en ce qui a trait aux recommandations de vote et aux sources d'information utilisées pour y parvenir. Notre étude révélait notamment que le site web lequebecvote.ca, enregistré le 21 août et bâti à l'aide de l'IA, était parmi les sources sur lesquelles ChatGPT s'appuie le plus fortement pour faire des recommandations de vote. L'équipe des Décrypteurs a mené une enquête concernant ce site web, qui a par ailleurs fait l'objet de révisions significatives depuis la publication de notre mise à jour de la semaine dernière. Le nom de l'auteur du site web est maintenant visible et plusieurs des positionnements des partis ont été mis à jour, bien que l'article de Radio-Canada soulève que certaines positions de partis erronées demeurent présentes sur le site web. Cette semaine, nous avons refait les mêmes requêtes et nous avons trouvé que ChatGPT s'appuie encore davantage sur ce site. Il est maintenant cité dans 63 % des réponses de ChatGPT aux questions portant sur les recommandations de vote (c'était 39 % lors de notre premier audit et 42 % la semaine dernière). C'est désormais la source que ChatGPT cite le plus sur ces questions, devant les sites des partis. La hausse s'observe en français comme en anglais, que l'on demande à ChatGPT pour qui voter ou quel parti représente nos opinions. Pour l'ensemble de nos questions, près d'une citation sur cinq de ChatGPT renvoie maintenant à lequebecvote.ca (18 %). Les pages du comparateur de partis, celles qui ont été révisées, restent les plus citées. Cette hausse survient la semaine même où le site a été remanié et médiatisé. Le mode IA de Google, lui, ne cite que très rarement le site (2 fois depuis le début de l'audit, dont aucune cette semaine).
Débat sur l'immigration. Au cours de la dernière semaine, on a observé une augmentation de l'importance prise par l'enjeu de l'immigration, tant dans les débats entre et au sein des partis qu'en ligne. Comme montré dans la Figure 1, bien qu'il ne s'agisse pas de l'enjeu le plus discuté par les candidats (2,2 % des publications), les publications des candidats sur cet enjeu ont généré un volume disproportionné de réactions de la part des publics en ligne cette semaine (12,5 % des mentions « J'aime »). Durant l'élection, différentes visions s'affrontent quant à la capacité d'accueil, la protection du français, l'intégration et l'identité québécoise. Certaines déclarations des candidats depuis le début de la campagne ont occasionné des divisions importantes en ligne et été utilisées pour justifier des discours plus radicaux que les positions défendues par les partis, notamment en lien avec l'appartenance à la société québécoise. Ce climat a notamment mené l'humoriste Anas Hassouna à faire une vidéo, visionnée plus de 200 000 fois, dénonçant le fait que l'on blâme les immigrants pour les problèmes de la société québécoise et rassurant les personnes immigrantes que la société québécoise a besoin d'eux. Parmi les narratifs plus radicaux ayant circulé, certains suggèrent que les immigrants reçoivent tout à leur arrivée, alors que de nombreux Québécois vivent en situation d'itinérance. D'autres reprennent aussi ouvertement la théorie du complot du « grand remplacement », comme les pancartes électorales d'un militant d'extrême droite se présentant comme candidat indépendant à Drummondville. Les données de notre sondage, réalisé entre le 28 août et le 24 septembre (voir Méthodologie), soulignent que l'électorat est divisé de manière assez nette sur la question de l'immigration. Comme le montre la Figure 5, 83 % de ceux s'identifiant au PCQ considèrent qu'il y a trop d'immigration au Québec, comparativement à 68 % de ceux s'identifiant au PQ, 56 % de ceux s'identifiant à la CAQ, 40 % de ceux s'identifiant au PLQ et 27 % de ceux s'identifiant à QS.

Intégrité du processus électoral. Plusieurs récits liés à l'administration électorale circulent également sur les réseaux sociaux. La controverse entourant un candidat de la Coalition avenir Québec qui a remis de l'argent comptant aux gagnants d'un bingo, un geste que ses adversaires ont assimilé à de l'achat de votes, a notamment alimenté des discussions sur le respect des règles électorales. Le vote en résidence pour personnes âgées suscite pour sa part des préoccupations opposées en ligne. D'une part, certains déplorent le manque d'accessibilité du vote pour ces électeurs. Une propriétaire d'une résidence privée a notamment publié une vidéo sur Facebook dans laquelle elle s'inquiète de ce qu'elle décrit comme un changement dans les procédures qui forcerait maintenant chaque résident à s'inscrire au préalable par téléphone pour voter dans les RPA privées, menant à ce qu'elle qualifie de contrôle des votes par Élections Québec. À notre connaissance, il n'y a pas eu de changement dans les procédures : l'établissement d'un bureau de vote dépend du nombre de résidents et, dans le cas où ce nombre est insuffisant, il est possible de voter sur place si un seul des résidents en fait la demande. D'autre part, certains estiment que les mesures destinées à faciliter leur participation les rendraient plus vulnérables aux pressions. Une vidéo ayant obtenu plus de 12 000 vues sur la plateforme X compare notamment le vote dans les CHSLD à une vidéo de militaires russes armés entrant dans les isoloirs. Des narratifs similaires sur le vote en CHSLD avaient circulé lors de l'élection de 2022. D'autres publications invitent les électeurs à se désinscrire de la liste électorale ou expriment des inquiétudes au sujet de certains lieux de vote, notamment l'installation d'un bureau de vote par correspondance dans un centre communautaire islamique qui pourrait selon certains décourager des électeurs de voter. En 2022, nous avions observé une hausse des récits touchant l'intégrité du processus électoral au moment de l'ouverture du vote par anticipation, une tendance que nous continuerons de surveiller.
Communiqué d'Amnistie internationale Canada francophone accusant le Parti québécois d'intimidation. Le 23 septembre, Amnistie internationale Canada francophone (AICF) a publié un communiqué dans lequel l'organisation indique que le Parti québécois aurait fait preuve de harcèlement et d'intimidation à l'endroit de la Dre Marie-Ève Cotton après que plusieurs personnes associées de près ou de loin au parti aient déposé des plaintes au Collège des médecins pour les propos tenus par la Dre sur le chef du parti, sur certaines positions sur le genre ou sur les orientations du parti. Le Collège des médecins a conclu qu'il n'y avait pas de fautes déontologiques par rapport à ces plaintes, qui concernaient des publications sur Facebook dont le ton était considéré « [accusatoire, polarisant et incompatibles avec les standards élevés auxquels le public serait en droit d'attendre [sic] d'un membre du collège des médecins](https://www.ledevoir.com/politique/quebec/1009643/pq-denonce-psychiatre-college-medecins-propos-juges-hostiles) ». Une autre plainte faite par une personne collègue de la Dre s'inquiétait que les publications de la psychiatre puissent être considérées comme posant un diagnostic ou une évaluation clinique, par exemple, en qualifiant Paul St-Pierre Plamondon de « trop fragile » pour être chef d'État. La directrice générale d'AICF a notamment indiqué : « [N]ous trouvons préoccupant de constater qu'une tactique d'intimidation semble avoir été mise en place par un parti aux portes du pouvoir. Les critiques envers les membres de la classe politique doivent pouvoir être formulées sans crainte de représailles ». Le chef du Parti québécois considère que la plainte de son parti était légitime et a accusé Amnistie internationale d'ingérence dans la campagne électorale. Plusieurs commentateurs politiques ont pris position sur le sujet, certaines publications obtenant plusieurs milliers de réactions.
Méthodologie
Sondage
L'analyse s'appuie sur un sondage préélectoral bilingue (français et anglais) mené du 28 août au 24 septembre 2026 par l'Observatoire de l'écosystème médiatique auprès de la population québécoise. Le sondage a été administré sur la plateforme Qualtrics auprès du panel en ligne de Léger (LEO), selon un échantillonnage par quotas (région, groupe d'âge, genre et langue) basé sur les données de référence de Statistique Canada. Les répondant·es ont été rémunéré·es dans le cadre du programme standard de récompenses du panel de Léger. Les quotas régionaux reposent sur trois strates — la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal, la RMR de Québec et le reste du Québec — construites à partir de la région administrative et de la municipalité de résidence déclarées.
Le questionnaire était réservé aux citoyennes et citoyens canadiens de 18 ans et plus résidant au Québec. L'échantillon final, suivant le retrait des réponses incomplètes et des personnes ayant échoué le test d'attention, compte 1582 répondant·es, dont 1364 ont répondu en français et 218 en anglais. Toutes les analyses utilisent des pondérations obtenues par ratissage (raking). Le calage porte sur cinq marges : la région (RMR de Montréal, RMR de Québec, reste du Québec), le groupe d'âge (18‑24, 25‑34, 35‑44, 45‑54, 55‑64, 65 ans et plus), le genre, la scolarité (secondaire ou moins ; études postsecondaires sous le baccalauréat ; baccalauréat ou plus) et la langue maternelle (francophone ; anglophone ou allophone), selon les estimations de population de Statistique Canada. La méthode inclut une règle visant à tronquer les pondérations qui se situent à l'extérieur de l'intervalle [0,25; 4] ; cette règle n'a pas été activée, chacun des poids se situant déjà à l'intérieur de l'intervalle (les poids vont en pratique de 0,32 à 2,18). Comme l'échantillon est non probabiliste, les marges d'erreur présentées sont approximatives et supposent un plan d'échantillonnage aléatoire simple : sur la taille effective de l'échantillon, la marge d'erreur est de ±2,7 points de pourcentage, 19 fois sur 20 (calcul conservateur, p = 0,5).
Audit des outils d'IA
L'audit porte sur les deux outils d'IA que les Québécois utilisent le plus pour s'informer : ChatGPT et le mode IA de Google. L'équipe de l'Observatoire a rédigé 66 questions réparties en quatre volets : le processus électoral, le conseil de vote, les questions reposant sur une prémisse douteuse ou une rumeur et l'actualité de la campagne. Quatre questions comportent une variable (code postal, circonscription ou parti) déclinée en plusieurs versions, par exemple un code postal montréalais et un code postal rural. On obtient ainsi 75 questions, chacune posée en français et en anglais.
Chaque question existe en trois formulations adaptées à l'outil. ChatGPT reçoit une version formelle, rédigée en phrases complètes (p. ex., Mon code postal est H2X 1Y4. Où se trouve mon bureau de vote pour l'élection provinciale québécoise?) et une version familière (p. ex., je vote où pour l'élection au québec? mon code postal c'est H2X 1Y4), plus proche de la façon dont une proportion importante d'utilisateurs écrivent réellement lorsqu'ils utilisent ces outils. Le mode IA de Google reçoit une version courte sous forme de mots-clés, comme dans un moteur de recherche (p. ex., bureau de vote H2X 1Y4 élection québec). Chaque formulation est répétée dans des conversations distinctes, trois fois pour ChatGPT et six fois pour le mode IA de Google. Nous pouvons ainsi mesurer la variation des réponses à une question identique avant de comparer les langues, les formulations ou les outils. Une vague compte 900 requêtes à ChatGPT et 660 au mode IA de Google (110 requêtes uniques, puisque certaines questions se ramènent à la même recherche par mots-clés). La même banque de questions, inchangée, est soumise chaque semaine jusqu'au 14 octobre. Ce rapport repose sur les trois premières vagues, recueillies les 10, 16 et 23 septembre 2026.
Les requêtes sont soumises automatiquement dans l'application de chaque outil, à partir de téléphones intelligents, à raison d'une nouvelle conversation par requête. Pour chaque réponse, nous conservons le texte intégral, tous les liens cités et, pour ChatGPT, le modèle indiqué par l'application. Environ la moitié des réponses proviennent du modèle « gpt-5-6 » et l'autre moitié de sa version « gpt-5-6-mini », ce dont nous tenons compte dans les comparaisons. Le modèle derrière le mode IA de Google n'est pas connu. Au total, les trois vagues comptent 4 909 requêtes (2 691 à ChatGPT et 2 218 au mode IA de Google), dont 4 642 ont reçu une réponse (2 428 de ChatGPT et 2 214 du mode IA de Google). Lors de la première vague, une relance partielle de la collecte a porté le nombre de requêtes au mode IA de Google à 898 plutôt que 660. Les 267 requêtes restées sans réponse sont exclues des analyses.
Les réponses sur le processus électoral ont été codées par règles à partir de l'information publiée par Élections Québec, puis vérifiées par lecture. Le codage porte sur l'exactitude de chaque élément factuel, la présence d'information inventée et la correction ou non de la prémisse. Les réponses de conseil de vote ont été codées selon que l'outil recommande explicitement un parti, oriente l'utilisateur sans recommandation explicite ou s'abstient et selon le nombre de partis dont la position est présentée. Chaque lien cité a été classé selon son domaine et son type de source (organisme officiel, parti, média, etc.). Le blocage d'OAI-SearchBot, le robot de recherche d'OpenAI, a été relevé le 16 septembre 2026 dans le fichier robots.txt de chaque site.
L'audit mesure ce que ces outils répondent à une banque fixe de questions, à un moment donné. Il ne reproduit pas l'ensemble des questions réellement posées par les électeurs et les réponses pourraient changer d'une semaine à l'autre en fonction des changements apportés aux modèles ou de la mise en place de garde-fous additionnels par les compagnies d'IA, par exemple, en prévision des élections de mi-mandat aux États-Unis.
Médias sociaux
Le corpus. L'Observatoire suit en continu 1 121 comptes québécois sur six plateformes (X, Facebook, Bluesky, YouTube, Instagram et TikTok) : 598 candidats des cinq partis, 109 médias et 413 influenceurs, dont 204 commentateurs et 135 journalistes. Entre le 1er août et le 19 septembre 2026, ces comptes ont produit 222 653 publications. Il s'agit d'un corpus de comptes, non d'une recherche par mot-clé : nous observons ce que publient les acteurs identifiés comme influents dans l'espace public, pas tout ce qui se dit au Québec. Les commentaires du public n'en font pas partie.
Pour constituer la liste des candidats, nous avons recueilli les données à partir des sites Web officiels des partis politiques qui comptent au moins un député à l'Assemblée nationale du Québec (Coalition avenir Québec, Parti libéral du Québec, Québec solidaire, Parti québécois et Parti conservateur du Québec), en date du 1er septembre 2026. Nous continuons à mettre cette liste à jour en vue des prochains rapports hebdomadaires. Nous avons extrait les informations suivantes de la section consacrée aux candidats sur le site Web de chaque parti : le nom du candidat, la circonscription électorale et les identifiants de ses comptes sur les réseaux sociaux. Les comptes ont été recueillis sur six plateformes : Facebook, Instagram, X/Twitter, Bluesky, TikTok et YouTube. Lorsque le site Web d'un parti ne comportait pas de section consacrée aux candidats, nous avons examiné manuellement la section des annonces et recueilli le nom du candidat et sa circonscription électorale à partir de chaque publication annonçant une investiture. Étant donné que la liste des identifiants de réseaux sociaux figurant sur les sites Web des partis peut être incomplète, nous l'avons enrichie en vérifiant manuellement les identifiants indiqués sur les sites des partis afin de déterminer s'ils mentionnaient ou renvoyaient vers d'autres comptes de réseaux sociaux (p. ex., via Linktree). Lorsqu'aucun identifiant n'était indiqué sur le site Web du parti pour un candidat, nous avons effectué une recherche en ligne afin de trouver d'éventuels comptes à ajouter. Chaque compte a été vérifié afin de déterminer s'il répondait aux critères suivants : le compte appartient officiellement au candidat et il s'agit d'un compte public utilisé dans le cadre de ses activités politiques. Nous n'avons inclus aucun identifiant qui n'était pas indiqué sur le site Web du parti, mentionné par un autre compte vérifié appartenant au candidat, ou mentionné ou suivi par le compte vérifié d'un autre candidat. Nous n'avons pas non plus inclus les comptes principalement consacrés à la publication de contenu personnel.
Le codage. Chaque publication est soumise à un modèle de langage (Qwen3.8-27b) qui établit sans raisonnement les enjeux abordés, parmi dix-huit catégories non exclusives : coût de la vie, taxes et impôts, économie et emploi, finances publiques, guerre commerciale et tarifs, santé, éducation, logement, transport, environnement, immigration, langue française, laïcité, indépendance, criminalité, éthique et intégrité, intelligence artificielle, enjeux sociaux. Une publication peut en porter plusieurs ou aucune (p. ex., activités de terrain, remerciements, liens sans commentaire, réponses dans un fil).
L'engagement. Notre analyse de l'engagement repose sur les mentions « J'aime », seule mesure disponible sur l'ensemble des plateformes. L'utilisation des mentions « J'aime » n'est pas nécessairement comparable d'une plateforme à l'autre, mais constitue la meilleure mesure disponible de l'engagement du public avec le contenu.
Analyse des similarités sur Facebook. L'analyse porte sur les publications Facebook contenant du texte publiées entre le 27 août et le 16 septembre 2026 par les candidats et les influenceurs suivis par l'Observatoire. Au total, 14 491 publications ont été retenues. Chaque publication est représentée numériquement à partir de son contenu textuel et la proximité entre deux publications est mesurée par leur similarité cosinus. Afin que la reprise de matériel partisan standardisé ne détermine pas les résultats, 634 publications identiques ou quasi identiques (similarité ≥ 0,95) publiées par plusieurs candidats d'un même parti ont été exclues.
Pour chaque compte, nous calculons le profil moyen de ses publications sur l'ensemble de la période, puis le relions à ses dix comptes les plus similaires lorsque leur similarité atteint au moins 0,80. Le moment de publication n'intervient pas dans cette analyse. La position des 574 comptes sur la carte reflète la proximité de leur contenu, tandis que la taille des points représente leur rôle de pont dans le réseau.
Constitution et typologie de la liste de groupes Facebook. Nous avons repéré les groupes Facebook pertinents en combinant une recherche automatisée et une recherche manuelle. D'abord, des requêtes par mots-clés (p. ex. « Québec », « politique » et leurs variantes) ont permis de faire ressortir des groupes publics dont le nom, la description ou le contenu portaient sur la politique québécoise. Ensuite, nous avons vérifié manuellement ces résultats pour écarter les groupes hors sujet, inactifs ou sans lien avec le Québec. Cette vérification a aussi permis de trouver d'autres groupes à partir des groupes déjà retenus. Cette démarche comporte toutefois des limites. Le corpus obtenu ne prétend pas être exhaustif et ne représente pas l'ensemble des opinions politiques au Québec. Seuls les groupes publics sont inclus. Il faut donc lire les résultats comme un aperçu de certains espaces de discussion en ligne et non comme un portrait représentatif de l'opinion publique québécoise.
Les groupes ont été classés selon leur structure, sans égard à leur contenu, à partir de deux mesures calculées pour chaque groupe sur l'ensemble de la période (15 août au 22 septembre 2026) : la concentration des publications, soit la part des publications du groupe écrites par ses cinq comptes les plus actifs, et le taux de réponse, soit la part des publications ayant reçu au moins un commentaire. Un groupe est considéré comme un groupe de discussion lorsque ses cinq comptes les plus actifs écrivent moins de 50 % des publications et qu'au moins 25 % des publications sont commentées. Il s'agit d'un groupe de diffusion lorsque ses cinq comptes les plus actifs écrivent au moins 70 % des publications et qu'au moins 40 % des publications sont commentées, et d'un groupe de « spam » lorsque ces cinq comptes écrivent au moins 70 % des publications et que moins de 15 % des publications sont commentées. Les groupes qui ne remplissent aucune de ces conditions sont classés à mi-chemin.
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