Toutes les publications
Rapport1 juin 2025

L'écosystème canadien de l'information durant l'élection fédérale de 2025

Aengus Bridgman, Jennie Phillips, Alexei Abrahams, Isabelle Corriveau, Alexandra Stanghellini, Ashley Vu, Auxane Bussac, Ben Steel, Chris Ross, David Hobson, Dinara Karimova, Diya Jiang, Emma Frattasio, Esli Chan, Fakhreddine Riahi, Daniel Nikoula, Hana Allal, Junyan Zhu, Kathia Légaré, Kiran Gill, Liam Murphy, Luke Pindera, Mahnan Omar, Mathieu Lavigne, Mika Desblancs-Patel, Nader Hedfi, Nishtha Gupta, Olivia Melanson, Saewon Park, Sara Parker, Sarah Tran, Spencer Izen, Victoria Forte, Zeynep Pehlivan, Taylor Owen

doi.org/10.66536/federal-election_2025

Résumé analytique

Ce rapport présente les résultats de notre surveillance des élections fédérales canadiennes de 2025.

Nous retenons principalement que l'intégrité et l'issue de l'élection n'ont pas été compromises. Nous n'avons trouvé aucune preuve d'ingérence étrangère secrète et significative. Toutefois, nous estimons que les États-Unis et la Chine ont eu un impact sur l'environnement informationnel et politique canadiens pendant les élections. L'élection a révélé un écosystème numérique de l'information soumis à une pression croissante, façonné par des influenceurs, des plateformes polarisées et de nouveaux risques technologiques.

Les influenceurs sont désormais les voix les plus fortes dans l'environnement de l'information politique en ligne. Dans le contexte du blocage des nouvelles par Meta et de la visibilité réduite des nouvelles sur X, les influenceurs, plutôt que les médias traditionnels, les politiciens ou les partis politiques, ont bénéficié d'une attention disproportionnée et ont favorisé la circulation du contenu politique sur les différentes plateformes. Leur capacité à mêler divertissement et politique les a positionnés comme de puissants acteurs qui définissent l'ordre du jour, d'une manière qui peut parfois compliquer la responsabilité, la transparence et le débat fondé sur des faits pendant les élections.

La mésinformation générée par l'IA est apparue comme un défi majeur. Nous avons constaté une utilisation généralisée des fausses nouvelles générées par l'IA, des hypertrucages et de l'activité des bots. De faux contenus imitant des médias canadiens de confiance tels que la CBC/Radio-Canada et CTV ont été largement diffusés, faussant le débat politique et semant la confusion dans l'esprit des électeurs. Ces technologies ont amplifié la dynamique de mésinformation existante, évoluant rapidement et démontrant leur capacité à saper la confiance à grande échelle. Bien que l'impact immédiat sur l'élection semble avoir été limité, nos données suggèrent que nous sommes dans la phase d'alerte d'une dynamique d'information évolutive qui pourrait être catastrophique pour l'opinion publique, la vérité et la confiance à l'égard des élections futures.

La polarisation politique et la segmentation des plateformes étaient évidentes pendant la campagne. Les voix et les candidats alignés avec le Parti libéral ont continué à migrer partiellement vers des plateformes comme Bluesky, tandis que les voix et les candidats alignés avec le Parti conservateur ont dominé X. L'utilisation de TikTok est restée marginale pour les candidats politiques, mais s'est avérée efficace pour les médias d'information et les influenceurs canadiens. Cette segmentation numérique risque de renforcer les divisions partisanes et informationnelles, et d'affaiblir la résilience générale du public canadien à la mésinformation et à la manipulation.

L'ingérence étrangère était une préoccupation centrale du public, mais les tentatives d'ingérence semblaient mineures. Nous n'avons constaté que des tentatives mineures de la part d'acteurs étrangers d'influencer la politique au Canada par le biais de l'écosystème de l'information. Leurs efforts n'ont suscité qu'un engagement limité. En parallèle, la politique américaine, en particulier la rhétorique de M. Trump, des tarifs douaniers et de l'annexion, a occupé une place prépondérante dans le discours canadien. La politique américaine était une préoccupation majeure pour de nombreux Canadiens et a eu un impact important sur les intentions de vote de millions de Canadiens.

Les tentatives de manipulation ciblées et le grand nombre d'allégations mettant en cause l'intégrité des élections sapent la confiance du public. Sur X, des comptes suspects ont ciblé des dirigeants politiques, notamment Mark Carney, alors que les normes de modération du contenu se sont affaiblies et que l'application de la loi a diminué. Au cours de la seconde moitié de la campagne, les allégations de fraude électorale systémique ont gagné du terrain en ligne, en particulier sur X et YouTube. Cela correspond à une tendance émergente d'allégations de fraude électorale dans les démocraties du monde entier. Alors que la confiance du public dans le processus électoral canadien reste relativement forte, les clivages partisans sur les questions d'intégrité des élections se creusent.

Dans l'ensemble, ces résultats révèlent un environnement d'information façonné par les influenceurs, la manipulation et la perturbation numériques, la polarisation politique ainsi que l'affaiblissement de la gouvernance et de la reddition de comptes des plateformes. Bien que ces dynamiques n'aient pas modifié le résultat de l'élection de 2025, elles érodent progressivement les fondements de la confiance et de la résilience de la démocratie. La diffusion persistante de mésinformation, la croissance des chambres d'écho partisanes et la montée en puissance d'acteurs non responsables ont créé des vulnérabilités qui peuvent être facilement exploitées. Le plus inquiétant est l'absence de responsabilité et de coopération significatives au niveau des plateformes : l'accès insuffisant aux données, la faiblesse dans l'application de la législation, le manque croissant de transparence et l'irresponsabilité systémique limitent la capacité des décideurs politiques, des chercheurs et des citoyens à réagir efficacement. Sans une réforme urgente, le Canada risque d'aborder les futures élections moins bien préparé, plus divisé et plus exposé à la manipulation.

Au fond, ce projet visait à protéger les Canadiens contre la manipulation et la tromperie. Tout en reconnaissant les limites profondes de ce que nous avons pu observer, la dynamique et les manipulations décrites dans ce rapport constituent des preuves suffisantes pour sonner l'alarme. Compte tenu de l'état actuel de l'accès aux données, des technologies numériques émergentes et de la prévalence des acteurs malveillants, les Canadiens sont sous-protégés et vulnérables à la manipulation.

Nous recommandons d'agir immédiatement. Les gouvernements doivent imposer la transparence, donner aux régulateurs les moyens d'agir, mettre en œuvre la surveillance et relever de nouveaux défis posés par le contenu généré par l'IA. Les plateformes doivent garantir la transparence des publicités, renforcer la modération, permettre l'accès aux données et réinvestir dans des initiatives d'information et d'intégrité électorale. Les médias traditionnels doivent assurer une formation au niveau de la salle de nouvelles et s'engager à couvrir la manipulation de l'information, à instaurer la confiance grâce à des reportages accessibles et rigoureux, et à se concentrer sur la responsabilisation des autres acteurs. Les influenceurs doivent assumer leur responsabilité démocratique en faisant preuve de transparence, en vérifiant les faits et en encourageant un dialogue civique respectueux. La société civile et les chercheurs doivent anticiper les menaces, développer l'éducation civique et coordonner les efforts pour renforcer la résilience démocratique. Le public doit délibérément élargir son environnement d'information, pratiquer une vigilance éclairée et s'engager au-delà des clivages pour renforcer la communauté et résister à la manipulation.

À défaut d'agir, la démocratie, la stabilité et la prospérité du Canada seront encore plus vulnérables.

Publications connexes