Rapports annuels
Rapport annuel 2025–2026
Avant-propos
En février, une fusillade dans une école de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, a fait huit victimes. Selon des poursuites intentées par la suite, l’auteur de l’attaque aurait utilisé un agent conversationnel d’IA largement accessible pour planifier son geste, alors que des employés de l’entreprise avaient déjà signalé ces échanges comme étant préoccupants plusieurs mois auparavant.
L’entreprise était en mesure de voir le risque posé par son propre produit. Pourtant, rien dans le droit canadien ne l’obligeait à intervenir. Cet écart entre ce qu’une entreprise sait et ce que la loi l’oblige à faire est précisément au cœur du travail de notre Centre.
Cet écart s’est manifesté tout au long de l’année. On l’a vu lors d’une élection fédérale où les influenceurs en ligne, davantage que les journalistes, ont porté une grande partie de la conversation politique. On l’a vu dans des systèmes d’intelligence artificielle qui absorbent le contenu du journalisme canadien sans le rémunérer. On l’a vu également dans un réseau d’influence qui a contribué à diffuser les idées sécessionnistes albertaines à grande échelle avant même que les plateformes ou les autorités de réglementation n’en prennent pleinement la mesure.
Parallèlement, l’intelligence artificielle progresse plus rapidement et transforme davantage nos sociétés que toute autre technologie depuis une génération. Elle modifie déjà la manière dont la science est pratiquée, dont les soins de santé sont prodigués, et dont les personnes apprennent, travaillent et tissent des liens. Son potentiel est considérable. Mais les coûts liés au fait d’en laisser l’orientation aux seules entreprises qui en tirent profit le sont tout autant.
C’est dans ce contexte que le Centre mène ses activités. Nous étudions l’écosystème de l'information, transformons les données probantes en politiques publiques et portons ces analyses auprès du grand public, au Canada et, de plus en plus, à l’international.
Cette année a également marqué un changement structurel important. L’Observatoire de l’écosystème canadien, principale institution canadienne consacrée au suivi de la désinformation et à l’observation des processus électoraux, a officiellement intégré le Centre. Ce qui était auparavant notre plus proche partenaire fait désormais pleinement partie de notre organisation, réunissant sous un même mandat nos activités de recherche, d’élaboration des politiques publiques et de mobilisation du public.
Notre mandat évolue lui aussi. Depuis une décennie, le Centre s’est principalement consacré à la gouvernance des plateformes de médias sociaux, et ce travail demeure essentiel. Toutefois, notre attention se tourne désormais de plus en plus vers l’intelligence artificielle. Le Canada n’a pas à repartir de zéro pour encadrer ces technologies. Le pays a déjà mis en place des cadres de gouvernance crédibles pour des secteurs puissants comme la finance, la radiodiffusion, les produits pharmaceutiques ou encore le transport aérien. Le défi consiste aujourd’hui à étendre cette capacité aux technologies qui évoluent plus rapidement que les mécanismes chargés de les encadrer.
La question n’est pas de savoir si la technologie est bonne ou mauvaise. Elle est de savoir si les institutions démocratiques sont encore capables de gouverner les industries les plus puissantes de leur époque. Elles l’ont déjà fait par le passé. Ce que l’année écoulée a mis à l’épreuve, c’est notre volonté politique de le faire à nouveau. Les pages qui suivent retracent la manière dont notre Centre a abordé cette question au cours de l’année, ainsi que l’ampleur du travail qui reste à accomplir.
Anna Jahn, directrice générale
Taylor Owen, directeur fondateur
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