L'écosystème médiatique canadien
Aengus Bridgman, Alexei Abrahams, Thomas Bergeron, Thomas Galipeau, Blake Lee-Whiting, Haaya Naushan, Jennie Phillips, Zeynep Pehlivan, Saewon Park, Sara Parker, Ben Steel, Peter Loewen, Taylor Owen
doi.org/10.66536/canadian-info-ecosystem_2023Résumé analytique
Face aux préoccupations des gouvernements démocratiques à l'égard de la mésinformation et de la désinformation, ce rapport évalue la nature de l'écosystème canadien de l'information à partir de grands sondages nationaux menés en 2018 et en 2023, de sondages ciblés lors des élections partielles de juin 2023 et de la saison des feux de forêt de 2023, ainsi que d'une nouvelle méthode reliant entre eux les comptes d'influenceurs politiques canadiens sur les réseaux sociaux.
Quatre constats principaux se dégagent. La plupart des Canadiens ne s'intéressent pas à la politique : ils suivent peu l'actualité, affichent un niveau de connaissances politiques faible et décroissant, et connaissent mal les personnalités politiques du Canada et des États-Unis; lorsque les nouvelles ont été bloquées sur Facebook, ils n'ont pas modifié leur utilisation de la plateforme ni migré vers d'autres réseaux. La consommation d'information est demeurée globalement stable en cinq ans, mais la confiance envers les médias traditionnels a nettement décliné, tandis que l'usage des réseaux sociaux pour s'informer a progressé, avec une montée rapide de TikTok et un recours accru à Instagram, WhatsApp, Reddit et Snapchat. L'influence dans les médias numériques est fortement concentrée, en particulier chez les élus fédéraux et provinciaux, Global News et CTV amassant de vastes auditoires respectivement sur YouTube et TikTok. Le discours en ligne des politiciens provinciaux et fédéraux n'est pas structuré selon des lignes partisanes, mais reflète plutôt le fédéralisme canadien, chaque politicien partageant un contenu proche de celui de sa communauté politique provinciale.
Quatre études de cas approfondissent ces constats. Avant le blocage des nouvelles par Meta en août 2023, les pages Facebook des médias canadiens généraient de 5 à 8 millions de vues quotidiennes de contenu d'actualité; le blocage a entraîné une perte de visionnement estimée à 89,3 %, bien que les Canadiens soient demeurés actifs sur Facebook et que les groupes politiques n'aient connu aucune baisse d'activité. Les Canadiens anglophones et francophones connaissent mal les personnalités publiques de l'autre communauté linguistique officielle, bien que les répondants bilingues soient mieux informés à l'échelle nationale. La croyance en un changement climatique d'origine humaine prédit fortement le sentiment d'avoir été personnellement touché par les feux de forêt de 2023, et les climato-sceptiques consultent moins les médias traditionnels. Les résidents des circonscriptions ayant tenu une élection partielle rapportent avoir été exposés à beaucoup plus de désinformation que la population générale, mais la plupart des Canadiens demeurent confiants qu'Élections Canada est à l'abri de toute ingérence étrangère et se disent satisfaits de la démocratie.
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