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Note de l'écosystème2 septembre 2026

Un écosystème médiatique numérique indépendant? Le discours en ligne au Canada à l'ombre des États-Unis

Diya Jiang, Esli Chan, Brad Wood-MacLean, Chris Ross, Eric Merkley, Jérémie Drouin, Saewon Park, Zeynep Pehlivan, Aengus Bridgman

doi.org/10.66536/independent-digital-media-ecosystem_2026

Résumé analytique

La conversation en ligne au Canada est-elle véritablement la nôtre, ou est-elle façonnée par l'influence de l'écosystème d'information des États-Unis? Les Canadiens déclarent voir autant de contenu politique américain que canadien sur les médias sociaux, bien qu'une majorité souhaiterait en voir moins. Ces constats nous ont amené à analyser plus de 8,8 millions de publications dans l'écosystème d'information canadien sur les médias sociaux. Nos résultats montrent que l'écosystème médiatique canadien, et la façon dont les Canadiens le perçoivent, est plus complexe que le simple récit d'un voisin américain bruyant et omniprésent qui façonnerait les discours publics au Canada.

Ce rapport examine si le Canada dispose d'un écosystème médiatique numérique autonome, c'est-à-dire dans quelle mesure son environnement informationnel est façonné par des acteurs, des récits et des dynamiques d'attention nationaux plutôt que par des influences extérieures, notamment américaines. Lorsque les écosystèmes informationnels développent leur propre structure indépendante, ils sont plus résilients face aux influences extérieures. À l'inverse, lorsqu'ils sont fortement intégrés avec des acteurs externes, ils sont plus vulnérables à l'influence transfrontalière et moins en mesure de maintenir un discours national distinct.

À partir d'une analyse à grande échelle des médias sociaux, d'une analyse de réseaux sémantiques (qui cartographie les comptes utilisant un langage similaire) et de données d'enquête représentatives à l'échelle nationale, nous constatons que l'indépendance de l'écosystème est une question de degré. Elle varie selon les sujets et dans le temps : les Canadiens dominent les conversations portant sur des enjeux nationaux, mais cet ancrage est plus inégal lorsqu'il est question d'enjeux culturels qui traversent les frontières.

Lorsqu'un événement d'actualité survient au Canada, les Canadiens dominent massivement la conversation. Cependant, certains sujets nationaux attirent l'attention d'influenceurs américains possédant de larges audiences, ce qui peut introduire des cadrages américains dans notre conversation nationale en ligne. Le défi n'est pas un afflux massif de perspectives américaines dans les conversations canadiennes sur les médias sociaux, mais une résilience inégale face à l'influence américaine sur des enjeux communs au sein de l'espace nord-américain anglophone.

Points saillants

  • Le débat en ligne au Canada se caractérise par une auto-organisation marquée. Bien que la portée moyenne d'un influenceur américain du top 50 soit 18 fois supérieure à celle d'un influenceur canadien sur X, le discours canadien forme un noyau national dense et resserré, fondé sur ses propres institutions et cadres de référence plutôt que gravitant autour de repères américains.
  • Lorsqu'une nouvelle canadienne fait la une, ce sont les influenceurs canadiens qui en sont les moteurs. Sur 41 événements d'actualité nationaux canadiens, aucun n'a été dominé par des Américains: 40 ont été menés par des influenceurs canadiens et un était réparti presque à part égale. Les voix canadiennes se concentrent sur les sujets nationaux et dominent la conversation sur les médias sociaux.
  • Lorsqu'une nouvelle éclate, les Canadiens en discutent abondamment entre eux. Sur 41 événements d'actualité nationaux, la part moyenne de la conversation consacrée au sujet menée par des influenceurs canadiens était de 90 %, contre 10 % pour les influenceurs américains. Les voix canadiennes se concentrent naturellement sur les sujets nationaux et dominent la conversation sur les médias sociaux.
  • Pourtant, les Canadiens ne ressentent pas cette indépendance. Les répondants au sondage indiquent voir à peu près autant de contenu politique américain que canadien, et une majorité préférerait voir moins de contenu américain. Une grande partie de ce contenu américain leur parvient par l'intermédiaire des organismes de presse canadiens eux-mêmes.
  • Un sous-groupe distinct d'influenceurs canadiens est plus étroitement intégré aux influenceurs américains. Ceux qui présentent les liens sémantiques les plus étroits avec les influenceurs américains sont, de manière disproportionnée, des commentateurs et des animateurs de balados plutôt que des journalistes. Ils sont presque tous anglophones et deux fois plus susceptibles d'être de tendance conservatrice.
  • L'influence transfrontalière suit des schémas distincts selon les sujets. En matière de droits de douane, les Canadiens génèrent leurs propres contre-récits face à ceux des Américains. Concernant les vaccins, le débat canadien n'a pas connu de pics d'attention indépendants, s'alignant étroitement sur celui des États-Unis. Dans nos études de cas, l'indépendance du débat était la plus forte lorsque les intérêts divergeaient, comme dans le cas des guerres commerciales.

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